Apocalypse managériale

10 février 22

Editions Les Belles Lettres (février 2022)

1941. L’année où tout bascule. L’Europe tombe dans les mains d’Hitler. La barbarie fait son nid partout où la raison guidait le monde.

Au même moment à New York, trois événements sont le commencement d’aventures apparemment très distinctes. Antoine de Saint-Exupéry arrive à Manhattan où il va rédiger le mythique Petit prince. James Burnham publie son ouvrage Managerial revolution. Il y décrit la montée en puissance d’une nouvelle « classe sociale » : les managers. Un peu plus loin, les acteurs de la Fondation Macy débutent la préparation d’un cycle de conférences. Le grand moment cybernétique approche.

Trois acteurs, trois lieux, trois projets. Le sensible, le management et le « cerveau électronique ». Sans vraiment se parler, ils se rencontrent pour changer le monde. Et New York est l’espace infini de ce rapprochement.

Comment décrire ce phénomène dans toute son intensité ? Peut-être en faisant vraiment se rencontrer Antoine de Saint-Exupéry, James Burnham et l’un des fondateurs de la cybernétique, Norbert Wiener. Un soir de mars 1943.

Autour de cet événement, il sera ensuite possible de décrire le « moment historique » et la « grande histoire » de la rencontre entre management et digitalité. La « mobilisation industrielle », les besoins en puissance de calcul, le développement d’une instrumentation de gestion à une échelle inédite, la nécessité de gérer à distance du théâtre d’opérations ou encore, le souci d’agencer l’obsolescence et l’accélération, reconfigurent un monde plus que jamais soucieux de nouveauté. Avant, pendant et après les années de guerre, une alliance inédite et fondatrice se met en place entre management et digital. Elle réexprime pleinement le grand Événement américain. De plus en plus narrative, elle ne se dénouera plus jusqu’aux années 2000. Pour le meilleur ou pour le pire ? Une chose est sûre : avec elle, notre planète devient plus que jamais une « ressource » exploitée par des agencements narratifs.

En faisant converser des philosophes européens et américains contemporains de ce mouvement historique, Apocalypse managériale propose ensuite des clés afin de comprendre ou d’expérimenter la grande rencontre et l’un de ses effets majeurs : la perte de profondeur de nos expériences. Peut-être faut-il alors, avec John Dewey, revenir vers un Événement américain plus authentique ? Peut-être faut-il également s'ouvrir à d'autres passés et d'autres futurs ?

Titre: Apocalypse managériale

Auteur: François-Xavier de Vaujany

Editeur: Belles Lettres

ISBN: 978-2-251-45281-4

Nb. de pages: 340 pages